Pas encore entrée dans les dictionnaires, la cocaténation d' »écologiste » et de « geek » définit celui ou celle qui adore la haute technologie et qui passe beaucoup de temps sur un ordinateur pour concilier les techniques nouvelles et anciennes avec la protection de l’environnement.

Il s’agit ici d’un client qui se revendique ouvertement « écolo-geek ». Jeune thermicien passionné par son métier, il manipule les logiciels et les données numérisées sur la production de chaleur et de froid. Mesurer,analyser, optimiser les différents phénomènes physiques de l’énergie (conduction, convection, rayonnement) pour aider à construire des maisons performantes et économiques est son lot quotidien au sein de son bureau d’étude spécialisé. Mais, passer de la théorie à la pratique est une autre histoire. Pour se confronter à la réalité du terrain et faire mentir l’adage :  » les cordonniers sont les plus mal chaussés », il s’est lancé dans la construction de sa maison sur la région de blain en loire atlantique (2013).

L’écolo-geek ne s’en cache pas. Cette maison n’a pas été conçue pour tout le monde.  » Ce ne sont pas des prix que le commun des mortels peut se payer. Mais le choix des matériaux et des solutions répond à mes propres convictions ». C’est notamment le cas avec les peintures bio appliquées dans toutes les pièces. Et, même dans ses estimations les plus optimistes, la rigueur des calculs ne lui laisse pas entrevoir un retour sur investissement avant 30 ans au minimum. Mais la passion est à ce prix! Pour preuve c’est la première fois qu’il nous ai donné d’évoquer une maison dont l’installation photovoltaïque de plus de 3 kWc (16 capteurs pour 25m²) est en place depuis plus d’un an, mais n’est pas en service, car le propriétaire veut se laisser du temps et de la réflexion pour choisir entre revente et autoconsommation de l’électricité. Le contrat de revente à ERDF, d’une durée de 20 ans, lui paraît un engagement très long, au regard des évolutions techniques  et des prix des batteries qui pourraient vite devenir concurrentielles.

Lever les a-priori, ici le projet a été calculé et analysé sous de multiples aspects. Les formes architecturales ont été modélisé en trois dimensions et soumises à des programmes de simulation dynamique pour mesurer l’influence de la météo locale et de la chaleur dégagée par les habitants dans leurs activités quotidiennes. La demeure est truffée de compteurs et de sondes pour la température, l’ensoleillement ou le CO². Et les a-priori tombent. Par exemple, il est très difficile d’envisager un projet à énergie positive dans une architecture traditionnelle du type toiture à deux pans avec pignon tourné au sud. Les formes contemporaines « cubiques » sont les plus économiques. La compacité des volume est plus facile à isoler et à chauffer. Tandis que les toitures plates sont plus simples pour installer des capteurs solaires. De même, si les fenêtres sont à triple vitrage, en réduire la surface au nord n’a qu’un impact très limité sur la consommation d’énergie, de l’ordre de 0,1 kW/m²/an, alors qu’on perd en confort de luminosité. Et encore : on obtient de bien meilleures performances en passant du double au triple vitrage qu’en augmentant l’épaisseur d’isolant dans les murs.

Impulsion de chaleur : Le thermicien a commencé à travailler sur son projet avant la Réglementation Thermique 2012, en vigueur depuis le 1er janvier 2013. Et il se réjouit de constater à quelle vitesse les professionnels sont adaptés : « Avant cette date, les fabricants étaient aux abonnés absents sur des produits performants. Ils ont maintenant tous les catalogues RT 2012. Et du côté des artisans, l’étanchéité à l’air est réellement prise en compte ».

Néanmoins, quand on souhaite porter le curseur au rang supérieur et atteindre la RT 2020, on doit trouver des solutions novatrices. Car, quand le bâti est très bien isolé et équipé d’une VMC double flux, il est difficile de trouver des générateurs de chaleur de faible puissance. En effet, il suffit juste d’une impulsion de chaleur pour apporter les calories initiales. Puis, entre les apports solaires directe et la chaleur dégagée par les activités humaines, le processus se suffit à lui-même. Même le plus petit des poêles à granulés aurait représenté un apport de chaleur trop important et un investissement disproportionné par rapport à un besoin de puissance de 4 kW.

Aussi, le client s’est résigné à installer une toute petite chaudière murale à gaz de ville, avec un ballon de 600 litres, doté de deux points de puisage, en partie haute où l’eau la plus chaude s’accumule, pour les usages sanitaires, en partie basse où le plancher chauffant fonctionne avec des températures de consigne plus basses.